De 1196 à 1690

Localisation et typonymie

Située sur des collines de 180 mètres d’altitude, à 24 km de Rouen, dans la haute vallée du Cailly, le nom de notre commune viendrait du scandinave “ELK” (chêne), et du vieux saxon “BOTH” (abri, baraque).
La première mention de ce nom date de 1196 (Duplessis). A cette époque, notre commune était séparée en deux paroisses distinctes, Yquebeuf et Colmare, dont le nom pourrait signifier “fraîche mare”. Les traces écrites de cette époque sont rares mais vont en se complétant au fil des ans, laissant toutefois subsister de larges zones d’ombres…

L’Histoire… “Les Maitres”

1196 : en cette fin du 12ième siècle, le patron de Collemare était le Seigneur de Cailly alors qu’au 13ième siècle, c’est le roi qui sera le patron des 2 paroisses. La population de Collemare s’élevait alors à 30 feux et celle de Yquebeuf à 24 feux. Le seigneur de Yquebeuf était alors Pierre d’Yquebeuf, auquel succéda Adam d’Yquebeuf qui, vers 1225, y tenait 1/4 de fief de chevalerie, puis à nouveau un Pierre d’Yquebeuf vers 1411.

Une donation

En 1248, le Seigneur de Mansigny, tenant des terres à Collemare et partant à Tunis avec le roi Saint-Louis, lutter contre les sarrasins, fait donation aux prieuré et chapelle du Mont-Gargan à Rouen de deux parts de dixme qui lui appartenaient sur 80 acres de terres faisant partie du fief de Collemare. Cette donation est confirmée en 1372 dans un cartulaire de l’abbaye du Mont-Gargan. En 1454, on trouve trace d’un Pierre de Collemare, escuyer, habitant la paroisse de Saint-Maclou à Rouen. C’est ensuite Robert Deschamps, Sieur du Réèl (hameau de Bosc le Hard), échevin de la ville de Rouen, qui devient Seigneur de Yquebeuf. Il fut par ailleurs député aux Etats de Normandie de 1510 à 1522. Son fils, Jean Deschamps, lui succède en 1537.

Contestation de la donation de 1248

Les 2 parts de dixme attribuées en 1248 par le Seigneur de Mansigny deviennent matière à procès en 1540, entre les prieurs et le curé de Yquebeuf Jehan Postel. Le prieur qui affermait sa dixme pour 20 livres par an vit son droit contesté. Une transaction se fit sur 10 livres de rente mais le curé percevait toute la dixme. En 1579, Robert Deschamps, escuyer, Sieur de Bosc le Hard, du Réèl, de Collemare et de Yquebeuf, descendant du précédent, épouse Anne du Fay.

La famille Boniface

Leur fille unique, Anne, se marie en 1597 avec Ozias de Boniface, escuyer, Sieur d’Esquetot l’Auber. Maître d’un régiment de gens de pied, Gentilhomme de la chambre ordinaire du Roi (Henri IV) et Gouverneur pour sa majesté du château d’Arques, il devient en plus, par son mariage, Sieur de Bosc le Hard, du Réèl, de Collemare et de Yquebeuf. La terre de Bosc le Hard est, en sa faveur, érigée en baronnie en 1607.

Unification Yquebeuf – Colmare

Yquebeuf, alors 1/4 de fief de haubert, venu en la possession des seigneurs de Bosc le Hard est à cette date uni avec le quart de Collemare. Cette union est précisée dans un aveu de 1624 signé de Alexandre de Boniface, et qui semble indiquer que le fief était assis au Ménillet (hameau de Yquebeuf). Un acte de catholicité de la paroisse de Yquebeuf le confirme en 1702.

Contestation (suite…)

Les prieurs doivent fournir en 1630 les preuves du bien-fondé de leur échantillon.

La chapelle de Collemare

En 1659, François le Parmentier, escuyer, conseiller du roi, auditeur en sa Chambre des Comptes de Normandie, fait bâtir à Collemare, une chapelle distante de 12 pieds de son manoir. Il y affecte par contrat de fondation, 30 livres de rente pour la célébration de 26 messes par an dont une le jour de Notre Dame des Anges. Elle est bénie le 25 avril 1659.

Echange… desunification

En 1664, François le Parmentier acquiert par échange du Baron de Bosc le Hard, Alexandre de Boniface, le fief et la seigneurerie de Collemare.

Contestation (suite…)

En 1681, un différent apparaît entre le Marquis de Cailly et le Baron de Bosc le Hard, concernant la nomination du curé de Yquebeuf. c’est le Marquis qui l’emporte et qui impose son candidat, Jean le Beül, qui démissionna en 1683 et fut remplacé par Ours Vincent Thynier. Ce dernier fut contesté mais exerça sa fonction jusqu’en 1712.

Famille de Gueuteville

A partir de 1690, c’est la famille De Gueuteville qui détient le titre de seigneur de Collemare, par le mariage de Charles Bernard de Gueuteville avec Marguerite le Parmentier. Cette dynastie “règnera” pendant 4 générations avec Charles Bernard 1, Charles Bernard 2, Léon Bernard et Jean-Baptiste Louis. Ce dernier ayant maille à partir avec la révolution.

Alliance…

Pendant ce “règne”, la famille de Gueuteville s’allie notamment avec les familles Leboucher d’Héronchelles et Landasse de Francamps.

De 1713 à 1797

Yquebeuf – Travaux à Colmare

La cure, l’église

La cure de Yquebeuf est occupée de 1713 à 1758 par Etienne Grille, oncle de l’abbé Grouard qui engagera la reconstruction de l’église.

Un état déplorable

Depuis longtemps, les archidiacres visiteurs en avaient constaté le mauvais état. Les réparations effectuées sur leur demande ne pouvaient plus prolonger l’existence d’un édifice qui, de toutes parts, menaçait ruine.

En 1757, Monseigneur de Saint Aulaire écrivait dans son procès-verbal de visite : ” attendu l’état de ruine prochaine et totale où nous a paru être l’église paroissiale de Yquebeuf, nous avons ordonné que l’on fera incessamment toues les diligences nécessaires pour parvenir à la faire réparer, si elle en est possible ou pour la reconstruire si en est besoin “. Ce fut le principal souci de l’Abbé Grouard d’amorcer la restauration complète de l’église.
Vers la reconstruction

En 1767, se tient une assemblée des propriétaires à laquelle se trouvait le Marquis de Boniface, Monsieur du Veneur, Maître des comptes de la ville de Rouen, Seigneur de Beaumont et du petit Rocquemont, Monsieur Duval du Bailly (de Critot) et Monsieur Jacques André Liberge, Bourgeois de Rouen, afin d’examiner l’état de la nef et du clocher.
La reconstruction
On décida de la démolir et de rebâtir une nouvelle nef ainsi que la porte de l’église en face de la grande allée. Le curé a ajouté cette note sur le registre : ” en l’année mil sept cent soixante neuf, la nef et le clocher ont été rebâtis à fondements. Cette ouvrage a coûté quatre mille deux cents livres à messieurs les propriétaires ; les terres et masures du presbytère ont contribué “.

En 1771, Monsieur le curé de cette paroisse a fait reconstruire en entier, à ses frais le chœur de l’église. ” En l’an mil sept cent soixante douze, le cinquième jour du mois d’avril, nous soussigné curé d’Yquebeuf , en vertu de la permission accordée par Monseigneur l’Archevêque (6 mars), avons procédé à la bénédiction du choeuret de la nef de cette église nouvellement construite “.

Au mois de juin 1778, le grand autel de cette église (conçu, dessiné par l’architecte Vauquelin, ce qui explique son classement au niveau national) et tous les ouvrages qui y sont adhérents, ainsi que la niche d’exposition, ont été placés aux frais de Monsieur le curé.
La Révolution

En 1787, c’est Pierre Léon Cordier qui occupe le poste de Maire de Yquebeuf, après son père Guillaume Cordier. En 1790, c’est à Pierre Marie Marette, conducteur des ponts et chaussées, que revient cette charge.
Travaux à Collemare
Après la reconstruction de l’église de Yquebeuf, des réparations sont engagées sur “l’église” de Collemare.

En 1786, une assemblée de propriétaires, trésoriers et habitants de la paroisse décide de “réédifier le mur du cimetière là où il est tombé, de le réparer là où il est besoin, de reconstruire ou réparer les jambes de force, de réparer ou reconstruire la muraille du côté droit depuis la 1ère jambe de force jusqu’à la deuxième et dans ce dernier cas, d’y faire un encadrement de vitrail de la même grandeur que ceux de la chapelle, encadrement garni de barres de fer “.

C’est Jean Blangrenon père, laboureur trésorier, qui est chargé avec pleins pouvoirs, de ces travaux, le tout aux frais de la fabrique à concurrence de 250 livres, le tout devant être fini pour la fin de l’été.
En 1791, c’est Monsieur Deschamps qui occupe la cure de Collemare. L’année suivante, il inhume quantité d’enfants venant de l’hôpital de Rouen. Sans doute mal accepté par la population, ce curé ne fera que des inhumations hormis un baptême le 15 avril 1792.

Confiscation

Le 9 mai 1792, à Collemare, se présente un certain Lengrenay, porteur d’une procuration du Sieur de Gueuteville qui voulait faire entendre à la municipalité qu’il n’était pas immigré (comme beaucoup d’autres nobles) mais seulement parti en Hollande, régler une affaire de succession…
Cette requête est envoyée au district de Rouen.

Le 23 mai, une lettre des administrateurs du district annonce aux officiers municipaux que Me Decaux, juge de paix à Cailly, est nommé par eux pour procéder en présence de 2 membres de la commune, à l’inventaire des meubles du château de Monsieur Gueuteville, “que l’on ne connaît pas pour être domicilié dans le département”. Le 14 Février 1793, les 2 commissaires communaux sont désignés : Jean Blangrenon père et Jean Duboc.

Le 19 mars de la même année, la municipalité envoie l’état de la consistance des biens des émigrés suivant la loi du 1er février 1793.

Le 7 juin, les biens de l’émigré Gueuteville, qui en avait confié la garde à son cuisinier Pierre Aouîs, passent en adjudication à loyer. Nicolas Etienne Godbin et Juste Legras sont parmi les acquéreurs.

En septembre de cette même année, Collemare comptait 143 habitants ; il y en aura 164 en 1797 dont 29 imposables.

De 1802 à 1871

Retour sur Yquebeuf

La cure

Après le départ de l’Abbé Grouard qui devient doyen de Cailly en 1789, le ministère est exercé par l’Abbé Leroux, originaire de Critot, et qui sera aussi vicaire de Collemare de 1803 à 1807. De 1802 à 1807, Jacques Olivier Delastre occupe la cure de Yquebeuf. Il était avant la révolution, curé de la première portion de Cailly. S’étant exilé, il vint à son retour se fixer à Yquebeuf.

En 1808, Monseigneur Cambacérès remanie les circonscriptions des paroisses, et Yquebeuf perd son titre de succursale.

La mairie

Après Jacques Pierre Marie Marette, elle est tenue entre 1796 et 1798 par Jacques Philippe, agent municipal, puis par Nicolas Papillon jusqu’en 1822.

Quelle réunification ?

Le 23 mai 1822, le maire de Yquebeuf, Monsieur Jean Baptiste Fouquet écrit au préfet pour lui donner son accord de principe sur la réunion des communes de Esteville et Yquebeuf tout en lui précisant que cette dernière peut se suffire à elle-même.

Le 20 octobre, se tient une réunion extraordinaire. Après discussions et délibérations, évoquant l’impossibilité d’une telle réunion de territoires, sans nuire aux habitants, le Conseil émet l’avis d’une réunion avec la commune de Colmare. Celle-ci se fera par ordonnance du roi le 20 février 1823. Le maire de la nouvelle commune est Pierre Nicolas du Ruel. Il assurera cette charge jusqu’en 1830. A cette époque, Colmare compte 129 habitants, et Yquebeuf, 101.

La guerre de 1870 et ses conséquences

Le 15 février 1871, le Conseil se réunit sous la présidence de Monsieur Durieu, maire. La commune étant frappée d’une réquisition de quatre mille huit cent soixante-quinze francs par l’armée allemande, et se trouvant dans l’impossibilité de disposer d’une telle somme, le Conseil, après délibérations, ouvre une souscription dans la commune. Les sommes versées vont de 1000 francs pour le maire, à 5 francs. Il y aura 43 souscripteurs pour une somme globale de cinq mille trois cents francs. On ne sait ce qu’il est advenu de l’excédent…

Les cloches

La cloche de Colmare fut descendue en 1867, étant cassée depuis un temps immémorial. Elle pesait 142 kg sans le marteau et était nommée Charlotte. Une nouvelle cloche fut bénie le mardi de Pâques 1868; elle pesait 164 kg et fut nommée Antoinette Clarisse par Monsieur Antoine Durieu, maire.

Quant à celle de Yquebeuf, il s’agit en fait de l’ancienne cloche de Esteville qui avait été bénite en 1764.

Petite histoire du blason

vitrauxC’est en 1994 qu’a été adopté le blason représentant Yquebeuf.

En 1994, l’église a été restaurée et des actions menées afin de classer ou inscrire les autels. Le motif central du vitrail (au dessus de la porte d’entrée de l’église) a été retenu comme blason communal.

Les éléments de ce motif sont en effet des vestiges provenant d’un vitrail de l’ancienne église (avant 1769).

armoiries-yquebeufLe 1er juin 1994, le Ministère de la Culture confirme la décision de la commission nationale d’héraldique d’adopter ce motif comme blason. Le blasonnement est “De gueules à la croix fleurdelysée d’argent”.